Cela fait un moment que je souhaite parler de ce concept qui me pue au nez et qui pourrit la vie de nombreuses mamans, mais je n’arrivais pas à trouver l’angle sous lequel l’aborder. Jusqu’à ce que la vie me montre que moi aussi, malgré toutes les lectures et le travail que j’ai fait sur moi, j’en étais encore victime…
Quand tu cherches à être la mère que tu n’es pas…
Faire plaisir à ses enfants en s’oubliant au passage
La semaine dernière, ma fille aînée était en congé. L’école était terminée et je ne l’avais inscrite aux camps de jour qu’à partir du 3 juillet, parce que je me disais que ce serait bien qu’elle ait une semaine de pause : une semaine sans routine, sans injonction où elle pourrait faire ce qu’elle veut. Je m’étais même dit que ce serait l’occasion de faire plein d’activités maman-fille. Et ce faisant, je me suis complètement identifiée à cette image de la bonne mère qui fait ce qu’il y a de mieux pour ses enfants, sans réellement prendre en compte qui j’étais.
Or, passer une semaine complète à faire des activités avec ma fille, ce n’est pas du tout mon genre! Parce que je n’aime pas jouer avec elle plus de trente minutes, parce qu’elle est tout le temps dans mes jambes et que ça m’énerve, parce que mon réservoir de patience est limité et que j’ai besoin de moments rien qu’à moi plusieurs fois par jour.
Un deuil pas toujours facile à faire
J’ai compris que je ne pourrai jamais être cette mère que j’avais imaginée, tout simplement parce que c’est un idéal bien difficile à atteindre, surtout pour quelqu’un avec mon caractère. Et j’ai également pris conscience que tant et aussi longtemps que j’essaierai de me conformer à ce modèle, que je m’astreindrai à jouer avec ma fille quand en fait j’ai le goût de faire autre chose, celle-ci m’en demandera toujours plus. Parce que nos enfants ont le don de mettre en lumière nos dysfonctionnements. Bref, la seule chose qu’il me reste à faire, c’est d’accepter que je ne sois pas cette mère-là et que c’est OK.
Et c’est d’autant plus important de le faire que je sais que je ne suis pas la seule, et que la plupart des mères dans ma situation se sentent coupables alors qu’elles font un excellent travail! Hier encore, je lisais dans un groupe de discussion de mamans, une mère s’interroger sur le fait que l’entrée à la garderie de ses enfants suscitait en elle une grande joie alors que les autres mères versaient toutes les larmes de leur corps à l’idée de se séparer de leur progéniture. Or, j’ai été cette maman-là, et à l’époque j’avais moi aussi été en proie à la culpabilité de me sentir ainsi.
Il n’y a pas qu’un modèle de mère
Mais la vérité, c’est que nous sommes nombreuses : il suffisait de lire les différents commentaires sur sa publication pour s’en rendre compte. Seulement voilà, dans une société de performance où la maternité est toujours montrée sous son plus beau jour, et où la comparaison est omniprésente, toute tentative de décrire une réalité différente est annihilée ou critiquée. Pourtant, je le dis et je le répète, il n’y a pas qu’une façon d’être mère : il y en a autant qu’il y a de mamans.
Un mythe qui fait plus de mal que de bien…
Un mythe tenace pour mieux asservir les femmes
Pourtant, le mythe de la « bonne mère » ou du « parent parfait » est tenace. Et pour cause : il permet de maintenir le statu quo et protège l’institution de la maternité en asservissant les femmes. Comme l’écrit Mona Chollet dans Sorcières : la puissance invaincue des femmes : « Les femmes intègrent que leur raison de vivre est de servir les autres (…) Si vous vous rebellez dans le cadre familial, en refusant d’organiser votre vie autour de votre progéniture, vous serez une mégère, une mauvaise mère. »
Un mythe renforcé par les médias sociaux
Ce mythe est exacerbé par les réseaux sociaux qui nous renvoient une image complètement léchée et trompeuse de la maternité (Geneviève Doray écrivait dans l’éditorial du dernier Naitre et grandir : « D’une photo ou d’un commentaire à l’autre, on finit par tomber dans le piège de la comparaison sans s’en rendre compte, créant ainsi une rivalité malsaine entre les parents »), et par les discours des experts et des tenants de l’approche bienveillante.
Un mythe extrêmement culpabilisant pour les mamans
Cette approche n’a d’ailleurs de bienveillance que le nom. Car ce que l’on y propose ressemble plutôt à une série d’injonctions et de stratégies à mettre en place pour assurer le bien-être de nos enfants, sans toujours prendre en compte celui des parents, et notamment des mères; que ces 1001 recettes ne prennent pas en compte notre histoire personnelle et que, si elles sont souvent belles en théorie, elles sont aussi très difficiles à mettre en pratique, ce qui vient renforcer notre sentiment d’incompétence parentale et notre culpabilité.
C’est probablement pourquoi j’ai cessé de me former sur la parentalité. En effet, cela fait des mois que j’ai acheté la formation Parents leaders de SOS Nancy et que… je ne l’ai toujours pas commencée; des mois que j’ai lu les livres de Hélène Rozenberg et de Sarah Hamel et… que je ne les ai toujours pas annotés. Chaque fois, j’en apprends un peu plus sur le fonctionnement de mes enfants et je trouve ça passionnant, mais je n’arrive jamais à appliquer toutes les stratégies proposées, aussi brillantes et efficaces soient-elles.
La mère parfaite c’est celle que nous sommes!
Or, même si j’y parvenais – ce qui est impossible –, cela ne ferait pas de moi une meilleure maman. Parce que la meilleure maman possible, c’est celle que je suis avec tous mes défauts et toutes mes qualités. Parce que je suis assez. Je suis déjà parfaite. Reste seulement à m’en convaincre. Et ce n’est pas la lecture de tous ces ouvrages ou le fait de suivre toutes ces formations qui va m’y aider. Au contraire! Non, c’est d’arrêter de me comparer et d’apprendre à m’aimer un peu plus. De tendre la main à mon enfant intérieur et de lui susurrer dans le creux de l’oreille que lui aussi, je l’aime.
Devenir le spécialiste de son enfant
Ce n’est pas en suivant les conseils des spécialistes sur comment mieux éduquer nos enfants qu’on va en faire des êtres souverains, mais en le devenant nous-mêmes. C’est en montrant l’exemple, en incarnant ce que nous aimerions qu’ils deviennent que nous allons y parvenir. Tout part de soi. Alors de grâce, même si ça part d’une bonne intention, arrêtons de dire aux mamans comment élever leurs enfants et montrons-leur plutôt comment s’élever, elles!
Trouver et incarner la mère que nous sommes
Devenir parent, ce n’est pas appliquer des recettes miracle, ni suivre un mode d’emploi : c’est une transformation qui se vit de l’intérieur. C’est à chacune d’entre nous de trouver la maman qu’elle va être et de l’incarner pleinement. Car, comme le soulignent les psychologues français Jeanne Siaud-Facchin et Olivier Revol, dans une conférence sur la fratrie à laquelle j’assistais la semaine dernière, “l’ingrédient secret qui assure l’équilibre d’un enfant dans la vie, c’est le plaisir de vivre de ses parents”.
Bref, arrêtons de vouloir être de bonnes mères et contentons-nous d’être heureuses et épanouies et nos enfants le seront à leur tour!


