C’est incroyable à quel point à quel point la vie m’amène à approfondir chaque fois un peu plus les enseignements des 13 mères de clan, alors que cela fait déjà quatre ans que je chemine à leurs côtés!
Ce mois-ci, j’ai vécu deux expériences totalement opposées avec deux communautés culturelles différentes qui m’ont beaucoup fait réfléchir sur la complexité des relations humaines.
La première s’est déroulée auprès de la communauté noire du Canada.
Je suis toi, tu es moi1
« Je suis en lien avec toutes les formes de vie. Je vois en chaque être une partie de moi-même. »
Ce court texte extrait de l’oracle des 13 mères de clan nous rappelle à quel point nous sommes les miroirs des uns des autres. Même quand tout semble nous opposer.
Entrer en relation avec l’autre
C’est exactement ce que j’ai eu l’occasion d’expérimenter samedi dernier lorsque j’ai participé à la soirée Talents Black organisée par Evelyne Yeboua, la Sister qui a incarné le tableau Culture à mes côtés sur scène le 2 novembre dernier.
Lors de l’atelier de médiation culturelle du 13 décembre dernier, nous avions en effet exprimé le souhait d’aller à la rencontre de la communauté noire pour créer des ponts. Car souvent les préjugés naissent de l’ignorance, de la méconnaissance qu’on a de l’autre.
Evelyne nous a prises au mot et nous a invitées à chanter Sophie et moi lors de son événement qui récompensait les personnalités inspirantes de la communauté noire du Canada. Et quelle soirée mémorable ce fut!
Partager des valeurs communes
J’ai découvert auprès de la communauté noire des qualités exceptionnelles qui font cruellement défaut, je trouve, dans notre monde actuel:
💞 Un sens profond de la communauté qui fait que chaque personne se tient debout pour les autres et répond présent pour aider celles et ceux qui en ont besoin
🙏 Une sincère gratitude envers toutes les personnes qui les ont aidés à réaliser leurs rêves, car ils ont conscience qu’ils n’y seraient jamais arrivés seuls
🦅 Un sentiment de fierté pour chaque accomplissement, individuel ou collectif, qui fait qu’une femme n’hésite pas à se présenter à la place de sa sœur pour récupérer un prix qui ne lui est pas destiné directement
💫 Une spiritualité ancrée qui leur donne une confiance absolue dans la vie et explique la résilience d’un peuple qui a vécu tellement d’injustices au cours de l’histoire.
Se sentir faire partie de la communauté
Ces valeurs sont tellement en alignement avec les miennes que j’avais le sentiment de « porter l’Afrique en moi », pour reprendre les propos d’une femme présente ce soir-là. Des valeurs qui expliquent que ni Sophie, ni Oséo ni moi ne nous sommes senties exclues, alors que nous étions les trois seules personnes de couleur blanche dans la salle. C’est vraiment un drôle de sentiment que de se sentir faire partie de la gang alors que tu es en minorité!
J’ai d’ailleurs eu le même sentiment quand j’ai chanté Citoyenne du monde devant cette belle communauté. Je me suis demandé si j’étais légitime de parler de différence culturelle alors que je fais partie de la majorité blanche? Or, quand j’ai vu dans le regard des gens présents à quel point ils se reconnaissaient dans les paroles de ma chanson, j’ai compris que j’étais à ma place. Ma juste place. Et que nos ressemblances étaient bien plus grandes que nos différences.
Voir nos ressemblances au-delà de nos différences
D’ailleurs, au détour d’une discussion, j’ai réalisé à quel point la langue nous divise. Car ce que nous appelons les Noirs ont en fait (tous les enfants vous le diront!) la peau brune. Et nous, les Blancs, la peau beige!
Or, quand on y pense, le beige et le brun sont pas mal plus proches comme couleurs que le noir et le blanc, qui sont chacun à un bout du spectre. Parce qu’en réalité, nous sommes sur un même continuum et faisons toutes et tous partie d’une même et grande famille: la famille humaine.
R.E.S.P.E.C.T2
La deuxième expérience s’est déroulée auprès d’une artiste autochtone et m’a montré que le respect pouvait signifier des choses très différentes, d’une personne ou d’un peuple à l’autre.
« Je prends conscience de mon Espace Sacré et de celui de Toutes mes Relations. J’en prends soin dans le plus grand respect. »
Or, le respect est un des thèmes au cœur des enseignements de la 1ere mère de clan. Et moi qui pensais montrer du respect envers les peuples autochtones en offrant un atelier de perlage, un art que j’ai découvert à leurs côtés, j’ai appris que ce n’était pas toujours perçu ainsi par les personnes concernées.
Appropriation culturelle ou appréciation culturelle?
Hier, j’ai eu une discussion très éclairante avec une artiste perleuse autochtone qui m’a permis de comprendre la différence entre appréciation et appropriation culturelle.
Pour l’ancienne prof que je suis, le respect a toujours consisté à citer ses sources, que ce soit dans mes citations, mes écrits ou mes causeries. C’est pourquoi, j’avais intitulé mon atelier « initiation au perlage autochtone »: pour rendre honneur aux peuples qui me l’ont appris.
Mon intention était de partager une découverte qui me remplit de joie, tout en sachant très bien que je ne pourrai jamais l’enseigner comme le font les artistes autochtones qui le vivent de l’intérieur. Mais de la même façon que j’ai appris l’anglais et l’espagnol, ainsi que les cultures entourant ces langues, par des professeurs dont ce n’était pas la langue maternelle, je voulais semer une graine, même incomplète ou imparfaite, dans le cœur des femmes qui se sentaient appelées à découvrir cet art.
J’avais cependant oublié deux choses: la première, c’est que le perlage ne se pratique pas que chez les nations autochtones, et la deuxième, qu’il n’y a pas une culture autochtone, mais plusieurs. Et en nommant mon atelier ainsi, c’était comme si je m’appropriais quelque chose qui n’était pas à moi, quelque chose que les Peuples Premiers se sont vus enlever pendant des siècles sans toujours réussir à se le réapproprier.
Alors, même si je pensais bien faire en remettant 10% de mes ventes à l’organisme qui m’avait formée, ce n’était pas suffisant. Car si pour moi, il s’agissait de leur rendre hommage, pour certains d’entre eux, il s’agissait plutôt de se faire dépouiller de leur art quand il existe des artistes autochtones qui aimeraient en vivre.
Quand le respect prend des formes différentes
Le pire, c’est que c’est justement la peur de tomber dans l’appropriation culturelle qui m’avait fait hésiter à lancer cet atelier. Parce que je voue un profond respect aux sagesses autochtones et que je ne me sentais pas légitime de transmettre un savoir qui ne vient pas de ma culture.
Mais quand tu sens au plus profond de toi que quelque chose t’appelle et te choisit, tu ne peux tout simplement pas dire non. Parce que ça te dépasse.
Et puis, je me suis rappelé que, s’il y a bien une personne qui va prendre soin de présenter l’art du perlage dans toute sa dimension spirituelle, c’est moi. Parce que j’ai bien conscience qu’il ne s’agit pas seulement d’une technique à enseigner. Mais d’une transmission, d’un enseignement. Perler, c’est comme fabriquer son capteur de rêve ou faire son tambour: tout est dans l’expérience et ce qu’elle vous apprend sur vous. C’en est presque méditatif.
D’ailleurs, pour honorer les enseignements qui m’ont été transmis, je perle souvent pendant mes lunes. Une façon de me relier à ma nature cyclique. Car c’est durant leurs lunes que les femmes se regroupaient pour perler. Et c’est dans cet esprit de respect des traditions qu’allait se dérouler mon atelier.
J’ai mis beaucoup d’amour à le préparer, portant une attention aux moindres petits détails. Parce que l’amour est dans les détails et que j’ai à cœur de respecter les enseignements tels qu’ils m’ont été transmis pour mieux honorer la sagesse de cet art ancestral.
Un débat qui ne fait pas l’unanimité, mais qui m’a permis de cheminer
Malgré cela, si les allochtones me situent dans l’appréciation culturelle, comme j’ai pu en juger par les commentaires reçus sous ma publication, les autochtones, eux, me situent majoritairement dans l’appropriation culturelle. Preuve s’il en est que je nage dans une zone grise et que nous avons encore du mal à nous comprendre, la question autochtone étant sensible et remplie d’enjeux que nous ne saisissons pas complètement en tant qu’étrangers.
Il est peut-être là en fait le coeur du problème: chacun pense détenir la vérité quand en fait il y a DES vérités. Pour nous les Occidentaux, le respect passe par nommer d’où nous vient le savoir que nous détenons; pour la plupart des Autochtones, je crois que cela passe plutôt par le fait de recevoir l’autorisation de toute la communauté avant de partager un savoir. Et encore là, le débat ne fait pas l’unanimité au sein des Premières Nations. Deux mondes, deux cultures, deux conceptions opposées du même mot.
Mais si nous voulons entrer en amitié les uns avec les autres, il convient d’écouter ces divers points de vue avant de condamner ou de juger.
Or, il n’est pas évident de se positionner en alliée quand on a encore du mal à saisir toutes ces nuances, parce qu’on n’a pas soi-même vécu la dépossession de son héritage culturel. Alors, je tiens à présenter mes excuses à celles et ceux que cela aurait blessé. Je suis encore en train d’apprendre à vous connaître. Et cela prend du temps, comme nous le rappelle si bien la première mère de clan.
Mais c’est de ses erreurs que naît la sagesse, comme nous l’enseigne la 2e mère de clan. Cette mésaventure m’aura en effet permis d’y voir plus clair sur cet enjeu, car derrière chaque erreur, chaque faux pas, il y a toujours un apprentissage.
En concluant, je voudrais donc remercier toutes celles et à tous ceux qui ont réagi à ma publication et qui m’ont partagé des ressources et leur point de vue, ce qui m’a permis de cheminer sur la question. J’espère à mon tour vous apporter une réflexion intéressante sur la complexité des relations qui nous unissent.
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- Extrait de la chanson Origine, que j’ai co-écrite avec Sophie Chainel et Oséo Lumière pour l’album Sisters. ↩︎
- Clin d’œil à la célèbre chanson d’Aretha Franklin… pour rester dans l’univers musical:-)
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