Une énième crise de mom rage
Hier soir, j’ai eu une énième crise de mom rage.
Ça faisait longtemps que ça ne m’était pas arrivé. Parce que j’ai cheminé et que mes filles sont plus grandes, je pensais donc que c’était du passé, tout ça. Cette maman colère que je n’aime pas chez moi. Mais j’avais tort.
Pourtant, j’aurais pu la voir venir cette crise. Parce que depuis que l’école a commencé, mes filles sont tout le temps après moi. Comme si leur père n’existait pas. Et avec mon horaire chargé depuis les deux derniers mois, à cause du spectacle Sisters, la pression qui monte et la fatigue qui s’installe, c’était sûr que ça allait arriver.
Et ça n’a pas loupé.
Pourtant, ce soir là, j’avais répété à mes filles que j’étais fatiguée et qu’il était l’heure d’aller se coucher, que je n’avais plus d’énergie ni de patience. J’ai nommé mes limites, comme on me l’a appris. Mais ça n’a pas suffi. Alors, j’ai passé le relais à mon mari et suis allée m’enfermer dans ma chambre dans le noir pour me calmer. Mais les cris ont redoublé et la chicane entre mes filles a pogné.
C’est là que j’ai fait ce que tous les experts de la parentalité nous déconseillent de faire dans ces cas-là: je suis sortie et j’ai menacé de les priver d’Halloween. Ça a fonctionné avec mon aînée qui est allée se coucher, mais pas avec sa sœur cadette qui s’est mise à hurler de plus belle. Elle m’a même suivie dans la chambre de sa sœur.
Et c’est là que c’est arrivé: je me suis mise à hurler en tapant des pieds comme une enfant de deux ans. Sur le coup, ça m’a soulagée. Parce qu’il fallait que ça sorte. Mais aussitôt que j’ai vu ma plus jeune pleurer, je me suis sentie coupable.
Une belle conversation mère-fille
Mais vous savez quoi? Cette crise, ce n’était pas un retour en arrière. J’ai clairement vu à quel point j’avais cheminé dans la façon dont tout s’est résolu.
Mon aînée m’a serrée fort dans ses bras, ce qui m’a vraiment ramenée et qui, je pense, l’a rassurée elle aussi dans mon amour pour elle. Je l’ai remerciée, puis je suis allée voir sa sœur, avec ma coquille sur les oreilles, mon arme magique pour me protéger de ses cris stridents.
Et là, j’ai été surprise de constater à quel point elle avait réussi à se calmer par elle-même. On s’est fait un gros câlin, ce qui nous a fait du bien à toutes les deux. Et elle m’a demandé:
« – Maman, pourquoi tu as crié si fort? Tu sais que j’aime pas ça!
– Je sais, ma chérie, je n’aurais pas dû. Mais tu veux vraiment savoir pourquoi j’ai crié?
– Oui ».
Alors, je lui ai expliqué ce que je vivais depuis des mois. À quel point j’étais fatiguée qu’elle et sa sœur n’en aient que pour moi. À quel point ses cris m’agressent. À quel point je suis tannée de toujours répéter les mêmes consignes. Et combien mes journées sont épuisantes ces derniers temps à cause de la préparation du spectacle.
Elle m’a simplement répondu :
« Je comprends, maman », avant de me serrer à nouveau dans ses bras.
Et c’est là que j’ai eu un éclair de génie. Parce que je m’étais sentie écoutée, entendue, j’ai tout de suite pu endosser mon rôle de parent ressource. Au lieu de l’impliquer dans la recherche de solutions, comme je le fais d’habitude, je lui ai dit:
« Tu sais quoi? La prochaine fois que l’une de nous se met à crier, l’autre n’aura qu’à lui dire: « patates frites! » ou un autre mot rigolo. »
Elle a réfléchi un instant et elle m’a proposé un truc encore plus drôle:
« Pipi, caca, prout!! »
J’ai ri et j’ai répondu:
« Deal! »
Puis on a refait son lit, on s’est fait un dernier gros câlin et elle s’est couchée.
Mon mari qui était d’ailleurs la porte m’a dit en sortant:
« Bravo chérie! C’est une super belle discussion que vous avez eue ce soir toutes les deux! ».
Et il m’a serrée dans ses bras à son tour.
Alors, non, ce n’était pas un retour en arrière. Je ne regrette pas d’avoir pété les plombs. Parce que si je ne l’avais pas fait, nous n’aurions probablement pas eu cette conversation.
Une transformation rendue possible grâce à l’art
Ce n’était pas une énième crise de mom rage. C’était la fin d’un cycle. Celui où je prends tout en charge jusqu’à l’épuisement. Celui où je suis à la lettre les conseils des experts plutôt que mon intuition. Celui où je fais passer les autres avant moi.
Et évidement cela arrive le soir où mes filles découvrent le tableau complet de Maternité tel qu’on va le présenter sur scène le 2 novembre.
Moi qui cherchais comment leur dire que pendant longtemps je n’aimais pas être maman, j’ai lu devant elles un passage du chapitre que j’ai écrit dans Là où poussent les lotus où je raconte la frustration que je vivais pendant mon premier congé maternité, et je leur ai chanté ma chanson. Le message est passé sans anicroche.
Oh oui, elles m’ont posé des questions:
« – Pourquoi tu étais triste sur cette photo avec nous, maman?
– Parce que ce n’est pas toujours drôle d’être une maman, vous savez. »
Mais grâce à l’art, j’ai réussi à trouver les mots sans les blesser ni les faire culpabiliser. Parce que, pour reprendre le titre du chapitre de mon amie Sophie Chainel dans les lotus, « l’art, c’est mon nid ». Alors dimanche, quand je vais monter sur scène pour chanter ma chanson Montée de lait, celle qui vient transcender tout ce que m’a fait vivre la maternité, je vais fermer un chapitre de ma vie et en ouvrir un nouveau.
Je vais passer de maman colère à maman artiste. Parce que l’art est le plus puissant des outils de guérison que je connaisse.
Envie d’aller plus loin?
Venez assister à ma transformation sur scène le 2 novembre au cabaret BMO de Sainte-Thérèse!

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