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Ces histoires qui sont les nôtres

Dédicace

Je souhaite dédier ce texte à mon père, Luc Julien. C’est un peu mon cadeau de Fête des Pères, avec quelques jours de retard (décalage horaire oblige… non je rigole! C’est mon côté long long qui est en cause bien sûr:-))

Et à toutes les mamans qui me liront, j’ai envie de dire: “Prenez le temps de replonger dans vos histoires; dans celles qui vous émeuvent aux larmes, dans celles qui vous effraient, dans celles qui vous dérangent. Mais aussi et surtout, dans celles que vous vous racontez et dans lesquelles vous vous enfermez peut-être sans le savoir”.

Les livres et les films qui nous touchent en disent long sur nous

Avez-vous déjà porté attention aux histoires qui sont les vôtres? Celles qui vous touchent particulièrement et celles qu’on se raconte à soi-même?

Les premières nous en disent long sur qui nous sommes réellement, loin des conditionnements sociétaux, et les secondes nous révèlent bien souvent ces parties de nous que nous ne voulons pas voir. Quel est le lien, me demanderez-vous avec la maternité? J’y arrive.

Les héros et héroïnes de mon enfance

Récemment, j’ai été amenée à me remémorer ces histoires, à repenser aux héros et héroïnes de mon enfance, aux livres et aux films qui m’avaient marquée. Ainsi, je me suis rappelé à quel point Wonder Woman, Indiana Jones et la Baby de Dirty Dancing me fascinaient. On dit souvent que les héros de notre enfance sont à notre image; qu’ils incarnent les qualités qui sommeillent en nous et ne demandent qu’à être révélées au reste du monde. Ainsi, j’ai pris conscience que j’avais toujours su que j’avais en moi le potentiel de changer le monde à ma façon; que j’avais toujours été attirée par les cultures anciennes, les mystères de l’humanité et que j’adorais les chasses au trésor (au sens propre comme au sens figuré); et enfin que la danse était une de mes passions et un de mes moyens d’expression, et que c’est à travers elle que je trouverais l’amour. 

Et quand j’y pense, au-delà de ces héros de mon enfance, tous les livres et les films qui m’ont marquée racontent effectivement un bout de mon histoire: Rebecca, La vie des autres, Amélie Poulain, Avatar… sont autant de reflets d’épisodes de ma vie ou des valeurs et croyances qui sont les miennes. Ainsi, samedi dernier, lors d’un magnifique atelier de danse intuitive et de respiration consciente à saveur chamanique en compagnie de la merveilleuse Hélène D’Astous, j’ai enfin compris pourquoi la chanson “l’écrivain” d’Alexandre Poulin me faisait pleurer à chaque fois que je l’écoutais: parce qu’elle raconte l’histoire d’un enfant qui m’a jamais cru en lui jusqu’à ce qu’un professeur lui prête son « crayon magique ». 

L’écrivaine en moi

Or j’ai toujours voulu écrire et être reconnue pour mes écrits. Petite, j’écrivais de longues lettres à mes amis et à mes parents quand je partais en vacances; j’ai même rédigé un journal de bord lors de mon voyage au Maroc avec mes grands-parents et lancé la première gazette de mon école secondaire en Italie. Mais, comme le garçon de la chanson, je ne m’en sentais pas capable. J’ai longtemps cru que j’avais une écriture trop scolaire et, parce que je manquais terriblement de confiance en moi, et que le système éducatif français mettait l’accent sur les modèles et les normes bien plus que sur le développement de la créativité de chaque élève à partir de qui il est vraiment, je m’évertuais à copier les modèles qu’on me proposait au lieu de chercher ma propre voix. Encore aujourd’hui, alors que je me lance dans l’écriture d’un livre, mon premier réflexe a été de rechercher une formation en écriture au lieu d’écrire à partir de mes tripes, de ma joie…

Ça, c’est pour les histoires qui nous touchent.

Les histoires qu’on se raconte aussi…

Et puis, il y a celles qu’on se raconte, celles auxquelles on s’identifie et qui finissent par nous définir complètement. Ces histoires-là, en revanche, peuvent nous éloigner de qui nous sommes vraiment. Parce qu’elles se construisent souvent au gré de nos blessures, de nos conditionnements et nous servent de bouclier face aux épreuves de la vie, alors même qu’elles ne reflètent plus vraiment qui nous sommes devenues.

Des propos qui nous enferment dans une image négative de soi

“Je n’aime pas être mère”, “Je ne suis pas faite pour ça”, “Il faut libérer la parole des femmes sur la maternité, car ce qu’elle nous fait vivre est difficile”: voici les dernières histoires que je me raconte… ou plutôt que je me racontais. Certes, elles contiennent bel et bien une part de vérité, mais elles ont également tendance à m’enfermer dans une image de moi figée. Et à force de me les répéter, je finissais par y croire. Sauf qu’entre temps, je me suis rendue compte qu’il y a des choses que j’aime profondément dans le fait d’être mère, que si j’en ai bavé au début, car je me sentais totalement incompétente, j’ai appris à me faire confiance et j’ai découvert en moi des qualités maternelles insoupçonnées; et enfin que si l’on ne fait que parler des choses qui nous pèsent sans jamais célébrer nos réussites ou nourrir ce qui nous fait du bien, on finit par s’enfoncer de plus en plus profondément dans une image négative de soi extrêmement délétère. C’est malheureusement une tendance que j’observe chez de nombreuses mamans de nos jours, dont j’ai moi-même été victime un temps.

En effet, depuis que j’ai choisi d’écrire sur la maternité, de parler de ce que je n’aimais pas dans ce rôle et de revisiter mes blessures d’enfance, j’ai beaucoup mis l’accent sur ce qui m’avait fait souffrir dans mes histoires. Et j’ai souvent écrit à partir d’un lieu de souffrance. Mes articles les plus forts, ceux qui sont allés toucher le plus de monde, je les ai rédigés après un accès de colère ou quand j’ai pris conscience d’une autre blessure. Un peu comme Lady Whistledown dans Bridgerton qui, dans le premier épisode de la Saison 3, se met à écrire sous l’effet de la tristesse et de la rage après avoir été humiliée au premier bal de la saison… Et tout comme elle, je devais en passer par là pour guérir. Car l’écriture a un effet thérapeutique incroyable. 

Il est temps d’écrire une nouvelle histoire, plus lumineuse

Mais aujourd’hui, j’ai l’intime conviction que si ce travail d’ombre est nécessaire, il faut tout autant cultiver sa lumière. Car l’un ne va pas sans l’autre. Aujourd’hui, je sens que je suis rendue ailleurs. Parce qu’en couchant sur le papier tout ce qui m’avait fait souffrir, en le confiant à d’autres femmes lors de cercles de parole, ces blessures se sont peu à peu transformées pour me révéler les précieuses leçons qu’elles avaient à m’apporter; les cadeaux cachés comme dit si bien l’aînée autochtone Marie-Josée Tardiff. 

Et c’est ainsi que depuis quelques jours, dans mes méditations, le message que je reçois, c’est de créer à partir de la joie. Et c’est la confirmation que j’ai reçue en fin de semaine lors de l’atelier dont je parlais plus haut. Par la pratique de la danse intuitive et de la respiration consciente, j’ai été replongée dans les joies de mon enfance; j’ai reconnecté avec tous les professeurs qui ont cru en moi et qui m’ont guidée sur mon chemin et j’ai vu toute la lumière qu’il y avait dans mon histoire. J’ai compris que si je n’avais pas eu un père affectueux, j’avais eu un père qui avait toujours cru en moi et qui m’avait donné la force de caractère nécessaire pour aller au bout de mes rêves, lui qui a renoncé aux siens pour fonder une famille et pourvoir à nos besoins; un père qui m’a enseigné la ténacité, le sens critique et l’affirmation de soi. Un père qui, surtout, par son égoïsme exemplaire, m’a montré la voie vers l’affirmation de mes propres besoins, ce qui m’a permis de devenir mère sans me sacrifier comme l’avait fait la mienne.

Alors, je peux enfin clamer haut et fort aujourd’hui, après de nombreuses années de remise en question et de doute, et quelques jours à peine après la Fête des Pères: “Merci Papounet pour tout ce que tu as fait (et n’as pas fait) pour moi. Je ne serais pas la femme que je suis aujour’hui sans toi!”

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