Comme vous le savez, j’ai été malade pendant deux semaines au mois d’avril.
Je mentirais en disant que c’était une partie de plaisir. Même si mon corps avait besoin de repos, que j’ai ralenti mes activités pour me ménager et pouvoir faire des siestes, je ne me sentais vraiment pas bien. J’avais des maux de tête, des courbatures, le nez bouché, je toussais sans arrêt et j’étais tout le temps fatiguée. J’aurais pu l’éviter si j’avais écouté les signaux d’alarme que mon corps m’avait envoyés dans les quelques semaines qui ont précédé. Mais la tête n’écoute pas toujours ce que lui dit le corps, persuadée que c’est elle qui contrôle tout en tout temps.
Écouter son corps: un exercice pas toujours facile
Or, s’il y a bien une leçon que j’ai retenue de cette expérience, c’est l’importance de s’écouter, d’écouter son corps et de répondre à ses besoins.
Malheureusement, on vit dans une société où le corps est relégué au second plan, convaincus que nous sommes que la douleur ou les émotions peuvent être maîtrisées par le cerveau. Qui parmi vous n’a pas retenu une envie de pipi parce qu’elle était occupée à faire quelque chose? Qui n’a pas retardé son heure de dîner parce qu’elle voulait absolument terminer une tâche? Ou au contraire qui n’est pas passé à table parce que c’était l’heure, même si elle n’avait pas vraiment faim? Je me rappellerai toujours la fois où j’ai demandé à ma mère, en visite ici au Québec, si elle voulait manger et qui, avant de me répondre, a regardé sa montre! Comme si c’était le monde extérieur, la société qui devait décider pour nous!
Heureusement, ce qu’il y a de beau avec la maternité, c’est qu’elle nous ramène dans le corps. En effet, il suffit de regarder aller nos enfants pour constater qu’eux sont pleinement à l’écoute de leurs besoins. Ils mangent quand ils ont faim, pleurent quand ils sont tristes, hurlent quand ils sont en colère, s’endorment quand ils sont fatigués (quoique, sur ce plan, nombreux sont ceux qui résistent pour avoir plus de temps de jeu…!). Et comme le répète souvent l’aîné autochtone Dominique Rankin: “les enfants sont nos plus grands professeurs”.
Corps, coeur, esprit: un dialogue pas toujours facile
Mais pourquoi écouter son corps, me direz-vous? Nous, les humains, sommes plus qu’un corps physique: nous avons une âme, diront certains, et la capacité de raisonner. Certes. Mais si nous avons été conçus avec la capacité de sentir comme tous les autres êtres vivants, pourquoi ne pas s’en servir? Parce que notre esprit est supérieur au reste? Parce que c’est lui qui prend les décisions?
Rien n’est moins sûr! Si l’on en croit le Design Humain, ce n’est pas avec notre tête que nous prenons des décisions, mais avec nos tripes. Appelez cela le cœur, l’instinct, l’intuition, comme vous voulez. Vous ne me croyez pas? Alors, fermez les yeux et pensez aux meilleures décisions de votre vie? Était-ce vraiment des décisions rationnelles à 100%? J’en doute… En ce qui me concerne, je sais que c’est rarement la tête qui décide et que lorsqu’elle le fait, elle m’amène dans la mauvaise direction.
Chez certaines d’entre nous, le corps parle très fort.
Je me rappellerai toujours la fois où, alors que je m’apprêtais à prendre le métro pour aller rejoindre dans Paris un gars que j’avais rencontré sur un site de rencontre (à mon époque, les applications comme Tinder n’existaient pas encore…), un noeud s’est formé dans mon ventre: quelque chose de plus puissant que moi me disait de ne pas y aller, comme une peur venue de nulle part. C’était tellement intense que je n’ai pas eu le choix de l’écouter. Et au vu de la réaction de ma “date” mystère quand je l’ai texté pour annuler notre rencontre, je pense que j’ai vraiment bien fait de m’écouter.
Malheureusement, parce qu’on ne sait pas encore expliquer ce genre de phénomène rationnellement, on a souvent tendance à les ignorer, voire à les invalider complètement. Et plus on a un esprit scientifique, plus cette tendance est forte. C’est pour cela que j’ai toujours eu beaucoup de difficultés avec les médecins : ils croient souvent plus leurs instruments ou leurs livres que les dires de leurs patients. Pourtant, malgré tout leur savoir, ils n’ont pas accès à une information clé: l’expérience interne de notre propre corps. C’était le constat qu’avait fait Montaigne dans ses Essais, une œuvre que j’avais étudiée en cours de philosophie au secondaire, et qui m’avait beaucoup marquée. Faire fi du ressenti des patients, c’est nier l’aspect empirique de la vie, c’est privilégier la théorie (qui est une construction humaine) sur l’observation pratique de ce qui est.
La maternité nous ramène dans le corps
C’est pour cette raison, entre autres, que j’ai choisi d’accoucher en maison de naissance: je voulais qu’on écoute mes ressentis, qu’on les prenne en compte. Car s’il y a bien une chose que mes grossesses m’ont apprise, c’est à quel point notre corps sait. C’est une évidence qui s’est installée en moi lors de mon tout premier accouchement.
Au cours de cette expérience psychédélique, je me suis sentie guidée tout le long, même si j’étais terrorisée. Et là, j’ai pris conscience que cette peur qui m’habitait n’était qu’une construction de mon esprit qui s’était forgée au fil des récits d’accouchements que j’avais entendus et des discours qui m’entouraient. Parce que tout au fond de moi, j’étais en fait très calme. Quand j’ai senti mon bébé pousser pour la première fois, je savais qu’il s’en venait. Et j’étais confiante que ça allait bien se passer.
Depuis ce jour, j’ai appris à faire confiance à mes ressentis plus que jamais. Ainsi, quand lors de ma seconde grossesse, le radiologue m’a annoncé que mon bébé avait un kyste au cœur, je savais qu’il n’en était rien, car mon corps me disait qu’il n’y avait pas lieu de s’inquiéter. J’ai tout de même passé les examens demandés, car je sentais que le médecin avait besoin d’être rassuré pour constater que mon intuition était bonne: mon bébé avait un cœur de sportive!
Accoucher en conscience
Ne pas écouter son corps peut parfois avoir de graves conséquences. Ainsi, une amie m’a confié récemment que si elle n’avait pas tenu tête aux médecins qui l’ont aidée à accoucher, son bébé serait mort. En effet, alors qu’elle était sur le point de mettre bas, son col refusait de s’ouvrir malgré les stimulations des médecins. Ces derniers ne comprenaient pas ce qui se passait, étant donné qu’elle avait atteint les 40 semaines de gestation et que son bébé était bien engagé pour descendre. Ils lui ont finalement fait une césarienne, car le cœur du bébé s’épuisait. Et en le sortant de son ventre, ils ont découvert que celui-ci avait le cordon ombilical enroulé autour du cou. Longtemps, elle s’en est voulu de ne pas avoir réussi à accoucher naturellement de sa fille jusqu’au jour où celle-ci, devenue doula, lui a dit: : “Mais tu sais, maman, en refusant d’ouvrir ton col pour me laisser passer, tu m’as sauvée: car si j’étais descendue naturellement, je me serais étranglée avec mon propre cordon”.
Le corps sait toujours quoi faire. L’écouter est la moindre des choses.
Prendre le temps de s’asseoir en silence, d’observer ses ressentis, ses tensions, d’accueillir toutes les émotions qui nous assaillent, qu’elles soient positives ou négatives, c’est apprendre à mieux se comprendre, à s’accepter telle que l’on est, avec ses bons et ses moins bons côtés, et à s’aimer, tout simplement.
S’écouter, c’est rapatrier toutes les parties de soi et honorer sa vérité, ou, pour reprendre les mots de Dominique Rankin, cet aîné autochtone que je chéris tant: “rentrer à la maison”. Comme vous le savez, j’ai été malade pendant deux semaines au mois d’avril.
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