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Être parent dans deux cultures

“Être parent représente un défi constant, et lorsque l’on doit également jongler avec deux cultures, cela complexifie davantage la tâche. Cette situation peut découler de parents issus de cultures différentes ou d’une immigration dans une société d’accueil.”

C’est ainsi que Nourri-Source Laval présentait la causerie sur la parentalité dans deux cultures que j’ai eu le plaisir d’animer jeudi dernier à la Bibliothèque multiculturelle de Laval.

Être une maman française au Québec

Quand la maternité vient tout chambouler sur son passage

Avant de préparer cette causerie, je n’avais jamais mesuré à quel point le fait que je sois étrangère dans ce pays avait influencé mon rapport à la maternité et mon expérience de mère. 

Parce que j’ai passé une partie de mon enfance à l’étranger, que je suis partie vivre un an au Venezuela avant de m’installer au Québec; parce que ma sœur et ma belle-sœur sont en couple avec des conjoints d’une autre culture, et que dans mon ancienne carrière, j’étais en contact permanent avec des immigrants, je ne pensais pas que la différence culturelle serait un obstacle à la parentalité pour moi. D’autant que cela faisait 13 ans que j’étais au Québec quand je suis devenue maman: dans mon cœur, j’étais déjà plus Québécoise que Française! Mais quand on devient parent, on est plus vulnérable et on perd ses repères. Il y a donc un nouvel apprentissage à faire.

Les principaux enjeux d’élever ses enfants dans une autre culture

Ainsi, j’avais sous-estimé l’absence de réseau et de famille, qui devient vraiment problématique quand on est parent, et le choc des valeurs quand on est en couple interculturel, que la présence d’enfants vient exacerber. Ce sont en effet les deux principaux enjeux qui sont ressortis de nos discussions de jeudi dernier avec des mamans issues de l’immigration ou en couple interculturel.

  • La perte de repères;
  • Le manque de soutien familial et l’Isolement provoqué par le long congé maternité;
  • Le sentiment d’être coincée entre deux cultures, partagées que l’on est entre le souci de transmettre ses valeurs et sa culture et celui que son enfant s’intègre bien à la société d’accueil;
  • Le désir de faire différemment, de s’affranchir de l’éducation reçue et du modèle issu de sa culture sans trop savoir comment s’y prendre, faute de modèle;
  • La difficulté à suivre les conseils des mamans d’ici qui n’ont pas les mêmes préoccupations, car leur système de valeurs est différent…

Bref, tout cela a généré en moi un sentiment d’incompétence parentale démesuré. 

La différence entre la France et le Québec

Et là, j’ai compris que si j’avais été mère en France, mon expérience aurait probablement été fort différente, et surtout que ce projet n’aurait probablement jamais vu le jour… Parce qu’en France la pression sociale est bien plus forte qu’ici, et qu’on n’ose pas autant exprimer ce que l’on ressent, par peur du jugement. Ce n’est pas étonnant que la femme qui a osé publier un livre où elle avoue regretter son rôle de mère soit une française qui vit au Québec. Parce que comme moi, elle a grandi dans un pays où la pression mise sur les femmes pour enfanter est encore très forte et où les émotions n’ont pas leur place; un pays où il aurait été très mal vu d’avouer qu’on n’aimait pas être mère sans subir l’opprobre populaire. Alors qu’ici les gens sont beaucoup plus ouverts, on a le droit d’exprimer son ressenti sans se faire juger.

Quand ta culture d’origine teinte ton rapport à la maternité

« Arrête de te plaindre! »

Je comprends donc mieux aujourd’hui pourquoi j’attire à moi des mamans françaises. Une des membres de mon groupe privé me l’avait d’ailleurs fait remarquer à l’époque, mais j’avais balayé sa remarque du revers de la main, car j’ai toujours détesté me faire ramener à mon identité de française, moi qui me sens tellement chez moi, ici, au Québec! Mais je me rends compte aujourd’hui qu’elle avait raison. Pour reprendre ses mots:

« Les Québécoises s’accordent plus de temps pour elles, se donnent plus le droit de dire que c’est difficile. Nous (les Françaises) quand on se plaint c’est toujours : “tu as la chance d’en avoir un seule avec la science, certains couples n’en ont pas… » Et il faut toujours préciser si on se plaint que c’est le plus beau cadeau que la vie nous a donné. Ici personne ne m’a jamais dit ça.”

Ce que fait d’ailleurs à maintes reprises Astrid Hurault De Ligny dans Le regret maternel, comme pour s’affranchir d’un restant de culpabilité “à la française.”

Les tabous maternels ne sont pas les mêmes d’un bout à l’autre de l’océan

Et quand je réfléchis aux tabous que dénoncent les mamans québécoises qui me suivent, je réalise qu’ils sont différents de ceux des françaises. Chez elles, c’est plutôt la pression de performance qui les accable; ce désir de vouloir réussir ET leur carrière, ET leur vie de maman, ET leur vie de couple, de parvenir à tout faire dans le peu de temps qu’il leur est imparti. Leur culpabilité vient de là: de la peur de ne pas réussir. Elles n’ont pas peur du jugement des autres, comme nous, les Françaises, mais de leur propre jugement. C’est face à elles-mêmes et à leurs attentes qu’elles ont peur d’échouer. 

Mais le sentiment de culpabilité demeure

Être une maman française au Québec vient donc avec son lot de difficultés. Mais en fait, je crois que toute situation qui nous rend différente, vulnérable, vient entacher notre expérience de la maternité: le fait d’être monoparentale par choix, d’avoir un enfant à besoins particuliers, d’être séparée du père de ses enfants… Car la culpabilité maternelle, elle, semble universelle. Ce ne sont pas les mêmes raisons qui la déclenchent, mais le résultat est souvent le même: on s’en veut et on s’en met trop sur les épaules pour compenser.

Alors, au lieu de nous opposer les unes aux autres et de nous comparer, essayons de nous soutenir et de nous entraider, de voir que derrière nos enjeux qui diffèrent se cachent le même désir bien faire et la difficulté d’y parvenir. Soyons douces, soyons à l’écoute les unes des autres. 

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