Cela fait plus d’un mois que je n’ai pas écrit d’article. La dernière fois que je me suis confiée à vous, c’était dans mon entretien avec Émile Bergeron, la 8e invitée de ma série D’une mère à l’autre, à l’occasion de la mort de Diane, ma belle-mère, survenue au mois d’août dernier. Je pense qu’une partie de moi avait besoin d’intégrer tout ce qui s’était passé avant de pouvoir écrire à nouveau. Cet événement a d’ailleurs fait remonter à la surface de nombreux souvenirs d’enfance liés à ma grand-mère.
Le jardin de ma grand-mère
Un lieu magique
“S’ il y a un lieu magique qui revient souvent dans mes souvenirs d’enfance, un lieu où je me sentais vivante et où je pouvais m’exprimer pleinement, c’est le jardin de ma grand-mère. Il n’était pourtant pas grand, son jardin, coincé qu’il était entre deux autres rangées de cèdres. Mais il y avait tout ce qu’il fallait pour rendre la petite fille que j’étais alors heureuse : des fleurs, des arbres, un bassin avec des poissons et un potager. Dans ce petit havre de paix où je passais un mois chaque été avec ma sœur, j’ai appris à jardiner avec mon grand-père, j’ai chassé des lapins en leur mettant du sel sur la queue avec ma grand-mère, je me suis déguisée maintes et maintes fois, j’ai donné des spectacles, j’ai dansé, j’ai chanté, j’ai joué, j’ai ri. J’ai vécu. Pleinement.
Jouer dehors
Je crois que c’est pour cela que je tenais autant avoir une maison avec un jardin, une cour, comme on dit ici au Québec. Pour revivre ces moments-là et pouvoir en offrir d’aussi beaux à mes filles. Sauf qu’elles n’y jouent pas autant que moi. Le potager attise certes leur curiosité (et leur gourmandise quand c’est le temps des framboises !), mais la plupart du temps, elles préfèrent jouer dedans avec tous leurs jouets. Au début, j’insistais pour qu’elles aillent jouer dehors, car je trouve qu’à notre époque les enfants sont souvent enfermés. Et puis un jour, j’ai compris qu’être dehors, au contact de la nature, c’était mon besoin à moi, pas le leur. Et que je devais leur laisser construire leurs propres souvenirs. À leur manière. Parce que ce qui me rend heureuse, moi, n’est pas nécessairement ce qui leur apporte de la joie.
C’est la toute la difficulté d’être parent, je trouve : transmettre ses valeurs, ses expériences, ses passions, tout en respectant la personnalité unique de chacun de ses enfants.”
Écrire pour transmettre un message
Ce texte, je l’ai écrit, dans le cadre d’un atelier d’écriture auquel j’ai participé le mois dernier sur le thème: “Viens écrire ton récit de vie” dans une des bibliothèques de ma ville.
La conteuse qui donnait l’atelier, Danielle Godin, a commencé par nous demander pourquoi on désirait écrire. Car ce qui va rendre notre récit unique et accrocher le lecteur ou l’auditeur, c’est le désir qui nous anime, notre leitmotiv. Elle nous a alors énuméré différents motifs d’écriture, et celui qui m’a interpellé se lisait comme suit:
“On peut vouloir (…) raconter simplement pour communiquer, mais aussi pour donner un sens à notre existence, une manière de s’inscrire dans le monde et même de le reconstruire. Une manière de laisser une trace.”
Laisser une trace
C’est effectivement un des objectifs que je poursuis en écrivant ici. C’était d’ailleurs le cas de bien des participants: il y avait là en effet de nombreuses personnes âgées qui désiraient ardemment raconter leur histoire à leurs petits-enfants, pour que ceux-ci se souviennent d’eux, mais aussi pour leur transmettre leurs valeurs et leurs croyances. Leurs récits étaient d’ailleurs très touchants, et certains m’ont arraché une petite larme.
Lors de l’exercice d’écriture qui s’en est suivi, l’animatrice nous a donné vingt minutes pour écrire trois phrases sur le sujet de notre choix, comme un début d’histoire. Pour une raison que j’ignore, je suis partie sur le récit d’un souvenir d’enfance, et sans m’en rendre compte, j’en suis revenue à mon sujet de prédilection: la maternité! Parce que si j’écris, c’est justement pour partager ce qui me touche et transmettre un message.
Ce souci de la transmission est d’ailleurs au cœur de la réflexion qui suit.
Réflexion sur l’éducation
Éduquer oui, formater, non
Cet atelier m’a rappelé mes cours de littérature du secondaire et m’a fait réaliser à quel point on m’avait enseigné à analyser l’écriture des autres, ces auteurs et autrices reconnu.e.s qui jalonnent notre littérature française, voire même à la copier, mais pas à développer la mienne. On m’a formatée au lieu de laisser s’exprimer ma créativité.
Or, si l’on s’en réfère aux enseignements autochtones si chers à mon cœur, tout le monde est créateur. Il suffit de regarder aller nos enfants pour s’en convaincre: ma petite dernière me rapporte au moins un dessin par jour de la garderie et danse régulièrement devant moi quand l’envie lui prend en me regardant dans les yeux sans gêne aucune. Sa soeur aînée, bien qu’elle soit entrée dans l’âge de raison – elle va avoir 8 ans dans un peu plus d’un mois, n’est pas en reste: je ne compte plus les bricolages en tous genres qu’elle réalise chaque jour, les bracelets de coton qu’elle tisse, les jeux qu’elle invente et crée de toutes pièces avec du carton, les livres qu’elle écrit et illustre à la main… Créer est naturel chez l’humain. Alors pourquoi brimer cette inclinaison naturelle et n’attribuer le titre d’”artiste” qu’à ceux qui ont fait des études poussées dans le domaine et qui ont choisi d’en faire leur métier?
C’est cette flamme qu’on se doit de préserver et de nourrir chez nos enfants; les éduquer oui, les formater, non. On peut et on se doit même de leur transmettre notre savoir, nos codes culturels, nos valeurs, pour les aider à s’orienter dans le monde et en faire des êtres responsables et capables de faire leurs choix dans la vie, mais pas au prix de leur créativité intrinsèque.
Pour en revenir au legs
Cette réflexion me ramène à ma grand-mère paternelle. Et à ce que l’on souhaite transmettre à nos enfants.
Quand j’y repense, je me suis toujours sentie proche d’elle, même si elle jouait rarement avec ma sœur et moi. C’était plutôt mon grand-père qui nous emmenait faire des tours de manège en ville. Mais elle a su nous transmettre ce qui la faisait vibrer: son amour pour la cuisine, et notamment la confection de tartes aux fruits; ses talents de couturière et de tricoteuse (j’ai encore chez moi le chandail de laine mauve que je m’étais tricoté, une réalisation qui m’avait apporté énormément de fierté!); sa passion pour la musique et la danse, passion qui est devenue la mienne au fil des ans et que je cultive encore.
Cette transmission est un des plus beaux cadeaux qu’on puisse faire à nos enfants et à nos petits-enfants. Parce qu’en partageant avec eux ce qui nous anime profondément, on leur enseigne à trouver et nourrir leurs propres passions, à développer leur créativité et à exprimer pleinement leur plein potentiel.
À être au lieu de faire. À explorer au lieu de copier.
C’est pourquoi, je n’insisterai plus pour que mes filles aillent jouer dehors si elles n’en ont pas envie. En revanche, je vais continuer à faire ce qui me nourrit, moi: aller marcher en forêt, sortir danser, chanter, écrire, communiquer.
Pour leur montrer la voie.
Et vous, que souhaitez-vous léguer à vos enfants et aux générations futures?
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