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Je n’aime pas jouer avec ma fille

je n'aime pas jouer avec ma fille

Ce mois-ci, j’aimerais qu’on parle de relations. De celles que l’on a avec nos enfants, du fameux lien d’attachement, mais aussi de celles qu’on entretient avec soi-même et avec les autres mamans. Tous ces liens qu’on tient souvent pour acquis, mais qui sont bien plus complexes qu’il n’y paraît…

Je n’aime pas jouer avec ma fille.

C’est quelque chose que je sais depuis longtemps, mais que j’ai du mal à avouer, même devant elle. Pourtant, je sais qu’elle le sait. Et c’est pour cela qu’elle insiste autant pour qu’on joue ensemble. Parce que jouer est ce qu’elle aime faire par-dessus tout, et que dans sa tête et dans son cœur de petite fille, sa maman aime forcément les mêmes choses qu’elle.

Mais la réalité, c’est qu’on n’a pas du tout les mêmes goûts. Elle aime les jeux d’action et d’escalade, et moi je préfère jouer aux Barbies. Elle trippe sur les jeux de rôle où on fait « semblant »; moi j’aime mieux les jeux de société. Elle passerait ses week-ends enfermée à jouer avec ses jouets quand moi j’adore aller m’amuser dehors.

Elle n’aime pas les mêmes choses que moi et cela me confronte énormément. 

Parce que j’ai du mal à voir en elle la petite fille que j’étais. Si c’était un garçon, je pense que ce serait différent, que je trouverais cela plus « normal ». Et c’est là, un des nœuds du problème. Je voulais une fille et j’en ai eu deux. J’ai eu ce que je voulais, et donc mes attentes envers elle étaient très élevées. Je m’attendais à une mini version de moi, et elle l’est en partie; je me reconnais dans sa nature excentrique, dans son côté un peu rebelle, dans son amour pour le spectacle ou pour l’école. Mais j’ai tendance à focaliser sur ce qui nous sépare plutôt que sur ce qui nous unit…

Avant d’avoir des enfants, je jugeais beaucoup les parents qui enfermaient leurs enfants dans un moule et avaient à leur égard toutes sortes d’attentes : « tu seras musicienne ou docteure comme maman, tu feras tel ou tel sport comme papa, tu iras à telle école, tu auras tel genre d’amis » … Je les jugeais sévèrement, car depuis que je suis toute petite j’ai toujours senti que mes parents, et surtout mon père, avaient ce genre d’attentes, consciemment ou non, envers moi. Parce que j’étais l’aînée.

Quand tes parents essaient de te mouler à leur image…

Je suis persuadée que, comme beaucoup d’hommes, mon père aurait préféré avoir un garçon. Malheureusement pour lui, il a eu deux filles. Mais il a tout de même tenté de nous « inculquer » ses passions et ses valeurs; je dis « inculquer » parce qu’il est normal qu’un parent veuille transmettre ce qui le passionne et ce qu’il estime important à ses enfants, mais sans attente envers le résultat. Il donne ce qu’il peut et l’enfant prend ce qu’il a à prendre, ce qui résonne avec lui. Mais quand cette transmission est forcée, quand le parent insiste pour que l’enfant partage les mêmes passions, les mêmes aspirations et les mêmes croyances que lui, on n’est plus dans la transmission.

Or, j’en ai d’autant plus souffert étant jeune que mon père et moi avions certes des caractères très similaires, mais des intérêts très divergents, voire déjà à l’époque, une façon très différente de voir le monde. Et comme tous les enfants, pour me sentir aimée, j’ai grandi en essayant de rentrer dans ce moule, de correspondre à ces attentes. Et je me suis perdue en chemin. 

Il m’aura fallu traverser un océan, vivre une rupture amoureuse, faire une thérapie et un long travail de guérison personnelle pour reconnecter à ma vraie nature. Cette traversée a été riche en enseignements et pour cela je suis reconnaissante envers mon père de m’avoir mise en chemin. Mais ça ne s’est pas fait sans douleur et j’aimerais éviter à ma fille d’en passer par là.

Aimer son enfant dans toute sa différence

Voilà pourquoi le fait de ne pas aimer les mêmes choses qu’elle est très confrontant pour moi. Parce que je reconnais mon père en moi et que j’ai peur de faire la même erreur que lui. Or, quand on aime l’autre d’un amour inconditionnel, on doit l’aimer pour ce qu’il est, même si ce qu’il est ne correspond pas à nos attentes. On doit l’aimer dans toute sa différence. Mais je n’y arrive pas…

J’ai souvent reproché à ma fille de manquer de respect, de vouloir imposer aux autres sa façon de voir les choses. Or, c’est exactement ce que je fais avec elle! Alors que ce n’est qu’en montrant l’exemple que je parviendrai à lui enseigner le respect : m’intéresser à ce qu’elle aime plutôt que la forcer à aimer les mêmes choses que moi, lui enseigner à respecter les différences pour ne pas qu’elle se construise en opposition à moi. Comme je l’ai fait avec mon père.

Et vous, aimez-vous jouer avec vos enfants? Avez-vous tendance à leur imposer vos goûts et vos aspirations? Sentez-vous qu’ils se construisent en opposition à vous?

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