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Le « mom rage » : un tabou à déconstruire

LE MOM RAGE

Quand maman explose de colère

La goutte d’eau qui fait déborder le vase

Ce matin, j’ai hurlé après ma plus jeune.

Ça n’a duré que quelques secondes, mais j’ai clairement senti toute la rage monter en moi tel un dragon en furie. Et à voir l’expression dans les yeux de ma fille et les larmes qui ont suivi, il devait vraiment être terrifiant, ce dragon! Et si puissant que je n’ai pas pu l’arrêter. Parce qu’il fallait que ça sorte.

Pourtant, c’est la troisième fois que ça arrive cette semaine. L’autre soir, j’ai crié après ma fille aînée parce qu’elle refusait d’aller prendre son bain. Et le lendemain, j’ai fait de même avec sa petite sœur parce qu’elle niaisait au lieu de se préparer pour aller à la garderie alors que j’avais un rendez-vous tôt le matin. Chaque fois, je m’en veux. Et chaque fois, je me promets de ne plus recommencer. Parce que ça ne sert à rien. Parce que ça me fait autant de mal à moi que ça leur en fait à elles.

Mais voilà, depuis samedi, je suis malade et donc plus fatiguée. Résultat : mon niveau de patience est au ras des pâquerettes et ma sensibilité est accrue! Et comme les enfants sont des éponges, mes filles le ressentent et n’en sont que plus « difficiles ». Alors, j’explose. Chaque jour. À la moindre contrariété.

Je suis une “maman colère”. 

Je ne suis pas fière de l’avouer, mais c’est ainsi. Quand ma coupe est pleine, ça déborde. Et ce n’est pas beau à voir!

Longtemps, j’ai lutté contre ce trait de caractère. Parce que j’ai eu (et j’ai toujours d’ailleurs) un “papa colère” et que j’en ai beaucoup souffert. Je ne voulais pas faire vivre cela à mes filles. Au début, je m’en voulais chaque fois que ça arrivait au point où j’ai vite cherché des solutions. C’est pourquoi, j’ai lu à peu près tous les livres qui existent sur la parentalité bienveillante, suivi des cours sur le sujet, essayé mille et un trucs. Mais rien n’a jamais réglé le problème. Parce que cette colère que j’ai en moi et qui ressort quand je suis fatiguée ou stressée, vient de mon enfance. Et malgré tout le travail que je fais sur moi depuis deux ans, je sais que je ne m’en débarrasserai pas si facilement! Parce qu’elle est ancrée dans mes gênes, dans mon ADN, dans mon histoire de famille.

Mais pas seulement. Car cette colère, beaucoup d’autres mamans l’ont en elles aussi. Je sais que je ne suis pas la seule. Ce phénomène a même un nom : le « mom rage ». Ce n’est donc pas tabou, mais on en parle encore assez peu.

Le mom rage: un sujet encore tabou et pourtant si répandu

Le trop-plein des mères d’aujourd’hui

Nos mères à nous n’étaient pas plus zen, mais elles étaient clairement moins sous pression. Oui, elles étaient probablement aussi occupées que nous, puisque les familles étaient plus nombreuses et que l’entièreté des tâches domestiques pesait sur leurs épaules, mais je pense que leur charge mentale était moindre, et surtout, qu’on n’attendait pas d’elles des résultats exceptionnels dans toutes les sphères de leur vie, comme c’est le cas dans notre société de performance actuelle. De nos jours, il faut être une bonne employée, une bonne mère, une bonne épouse (ou blonde), une bonne amie, alouette! Bref, nous les femmes, devons faire passer les besoins de tous avant les nôtres, réussir dans tous les domaines, et ne jamais nous plaindre! Pas étonnant qu’on finisse par pogner les nerfs et péter sa coche!

Pourquoi? Parce que, comme l’écrit Orna Donath dans Le regret d’être mère : « Celles qui éprouvent des difficultés, de la colère, de la déception, de la frustration et qui le disent tendent à être qualifiées de « femmes qui ont un problème » et ne sont pas à la hauteur de leur véritable destin. » On part encore du principe que les mères qui crient après leurs enfants n’ont qu’à se faire aider par un psy ou suivre une formation pour apprendre à « gérer » leur colère. Sauf que la colère, c’est comme les enfants, ce n’est pas quelque chose qui se « gère » facilement. Mais surtout, c’est faire encore une fois reposer le problème sur les épaules des femmes au lieu d’admettre que si les mères en sont rendues là en aussi grand nombre, c’est peut-être parce qu’on leur demande l’impossible.

Un phénomène qui révèle l’inégalité de genres

D’ailleurs, avez-vous remarqué qu’on ne parle pas de « parent rage » ou de « dad rage »? Vous êtes-vous déjà demandé pourquoi? À moins que vous ayez comme moi un mari d’un calme olympien qu’à peu près rien n’ébranle (oui, oui, ça existe!), je suis pourtant persuadée que les hommes aussi piqueraient une crise de nerfs s’ils devaient endurer tout ce qu’on endure : ne pas avoir de temps pour soi; passer de son travail de jour en tant qu’employée à celui de maman le soir, sans répit; accueillir les débordements d’émotion en restant bienveillante; devoir penser à tout et prendre soin de tout le monde, sans pouvoir recharger ses batteries et se coucher le soir fatiguée de sa journée tout en se projetant déjà dans la suivante de peur d’oublier un truc important.

Mais ce n’est pas le cas. Parce qu’eux, les hommes, ils n’ont qu’une tâche : s’épanouir dans leur travail et pourvoir aux besoins de la famille, parfois seuls, parfois avec l’aide de leur conjointe. Tout le reste : être un bon père, un bon conjoint, un bon fils, ce sont des bonus, pas des requis. Pourquoi s’extasie-t-on encore quand un papa joue avec ses enfants ou leur donne le bain alors qu’on trouve cela normal quand c’est maman qui le fait? Parce que c’est ce qui attendu de nous, les femmes, par la société.

Derrière la rage que nous éprouvons, il y a donc un sentiment d’injustice

Cette colère que nous portons est saine : elle est l’expression d’une transgression de nos limites. Il nous faut accepter d’être dans la colère et la laisser sortir pour ne pas se rendre jusqu’à la rage. Et surtout, il nous faut écouter son message : c’est en prenant soin de nous d’abord, en reconnaissant que ce que nous vivons est injuste, en l’exprimant haut et fort et en posant des actions pour que cela change que nous parviendrons à faire évoluer les mentalités et à libérer les mères du poids des responsabilités qui pèse de plus en plus lourd sur leurs épaules.

Bref, pour reprendre le titre d’un épisode de Ça va maman, je crois bien que je suis devenue féministe le jour où je suis devenue maman, moi!

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