Cette année encore, Noël m’a déçue
Je m’étais promis de ne pas publier pendant les vacances, car j’avais besoin d’un temps de repos et de connexion en famille, mais le besoin de partager ce que je vis est trop fort. Et si j’ai créé cette page, c’est pour libérer la parole, la mienne et celle des autres mamans. Parce que ça fait du bien. Parce qu’on n’a pas assez d’espace pour le faire. Parce que je ne suis probablement pas la seule à vivre de telles émotions et que c’est mon rôle d’en parler, celui dont je me sens investie.
Alors, voilà, cette année encore, Noël m’a déçue…
J’écris « encore » parce que depuis que je suis maman, je n’ai plus de plaisir à Noël. Ce n’est pas tant à cause de la course aux cadeaux ou des 1001 partys qui m’épuisent (même si je m’en passerais bien!) qu’à cause du fait que je n’arrive pas à recréer la magie de Noël que j’ai connue enfant. Pendant la pandémie, j’étais triste (et un peu paniquée pour être honnête!) de devoir passer Noël seule avec mon mari et mes enfants. Parce que ça fait du bien de voir du monde, de partager un bon repas, de faire des cadeaux aux gens qu’on aime. Et puis, j’y ai vu l’occasion de réinventer Noël, car j’avais déjà le sentiment que les traditions héritées de mes parents ne me convenaient plus. Mais j’ai échoué. À chaque fois, j’ai invité au moins un couple d’amis ou de grands-parents. Et à chaque fois je l’ai regretté.
Reproduire les traditions familiales
Cette année encore, je me réjouissais à l’idée de ne pas aller en France pour Noël parce qu’entre le voyage, le décalage horaire et les 25 tantes à aller voir en deux semaines avec deux enfants en bas âge, c’est épuisant! Mais je n’ai pas pu résister à la tentation d’inviter un couple d’amis et leur fille, si bien que j’ai passé ma journée d’hier à faire le ménage et à cuisiner, alors que c’est ce que je fais déjà le reste de l’année. Et je me suis couchée épuisée après avoir tout ramassé et installé les cadeaux au pied du sapin. C’est alors que j’ai pris conscience d’une chose : ce plaisir de recevoir du monde autour d’un repas, de passer des heures à cuisiner, c’est celui de ma mère, et non le mien. Inconsciemment, je reproduisais pour ma famille ce qu’elle avait toujours fait pour nous, sans même me demander si MOI j’y trouvais du plaisir. Et la réponse est claire : non, je n’aime pas ça. C’était son plaisir à elle, pas le mien, et ce n’est pas parce que je suis mère à mon tour que je dois faire comme elle.
Et ce matin, ce n’était guère mieux : la vitesse à laquelle mon aînée déballait ses cadeaux que j’avais mis tant de temps à choisir et à emballer et son manque de reconnaissance m’ont littéralement agressée. Après tous ces préparatifs longs et minutieux, tout a été consommé à vitesse grand V. Comme un coït réalisé à la va vite. C’est littéralement l’image qui m’est venue! Moi qui aime prendre mon temps, j’ai soudain réalisé que cette façon de fêter Noël ne me ressemble pas, qu’elle vient me confronter dans mes valeurs et ne m’apporte plus aucun plaisir.
Être mère, c’est donner sans compter
Alors pourquoi je continue? Pourquoi je ne crée pas un Noël à mon image? Parce que j’ai peur de décevoir les gens autour de moi, à commencer par mes parents et mes beaux-parents. Parce que Noël, c’est pour les autres qu’on le fait, pour les enfants surtout. Et bien justement : la petite fille en moi est déçue. Et elle en a le droit. Parce que derrière la maman que je suis, il y a aussi une femme et une petite fille qui a toujours aimé Noël. Mais depuis qu’elle est maman, cette petite fille a découvert que Noël ne rime plus avec plaisir et cadeaux partagés, mais avec abnégation et don de soi. Et c’est ce que je déteste le plus dans la maternité: ce don de soi inconditionnel. Parce que nous sommes des femmes et que c’est dans notre nature. NON! Ce n’est pas vrai, pas pour toutes les femmes. Moi, en tout cas, je ne me retrouve pas là-dedans.
Et pourtant, une partie de moi se sent coupable d’avoir de telles pensées. Je me suis beaucoup jugée par rapport à tout ça et j’ai aussi beaucoup jugé les autres. La veille de Noël, j’écoutais un épisode de Ça va maman? sur nos attentes par rapport à Noël et je me souviens encore à quel point cet épisode m’avait déclenchée, car on sentait toute la pression de la société de performance derrière la façon dont la journaliste décrivait Noël. Ce qu’elle aimait de Noël, c’est tout ce que moi je détestais. Sauf qu’aujourd’hui moi aussi je suis déçue. Parce que ce n’est pas facile de ressentir la magie des fêtes quand on est parent.
Alors aujourd’hui, je vous le demande : si Noël est la fête par excellence pour faire plaisir à ceux qu’on aime, pourquoi ne pas commencer par soi?


