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Le pouvoir de l’écriture

Le pouvoir de l'écriture

« Le sujet humain  a besoin de pouvoir se raconter à lui-même sa propre histoire et de se constituer une mythologie personnelle, un récit des origines, pour savoir qui il est. »

Lucas Degryse, Le Philosophoire

Quand l’écriture fait partie de ta vie depuis toujours

J’ai toujours dit que l’écriture avait un effet thérapeutique. 

Des récits d’enfance…

Comme je l’expliquais dans mon entrevue avec Nathalie Beaulac, la femme derrière le projet Là où poussent les lotus, l’écriture fait partie de ma vie depuis mon plus jeune âge. 

Enfant, j’écrivais de longues lettres à mes parents quand j’étais séparée d’eux pendant les vacances. J’ai également rédigé un journal de bord de notre voyage au Maroc avec mes grands-parents pour marquer l’occasion et transcender par l’humour les déboires que nous avions rencontrés au cours de ce périple en famille. Adolescente, il m’arrivait de tenir un journal intime dans les moments difficiles.

… aux histoires d’adulte 

Depuis plus de deux ans, l’écriture de ce blog m’a aidée à traverser les épreuves de la maternité avec plus de sérénité. Coucher sur le papier les sentiments qui me traversaient, les peurs, les doutes et les questionnements qui m’habitaient m’a permis de voir plus rapidement les cadeaux cachés de cette période de ma vie remplis de défis. Plus récemment, écrire un chapitre entier dans l’ouvrage collectif Là où poussent les lotus m’a amenée à redécouvrir ma nature profonde et à laisser émerger l’artiste en moi. 

Et aujourd’hui, l’écriture d’une des chansons que je suis en train de composer pour l’exposition spectacle Sisters est en train de me réconcilier avec mon identité française.

Quand devenir auteure te révèle à toi-même 

Prendre conscience de sa différence 

Il y a un peu plus d’un an, le fait de préparer une causerie sur la parentalité dans deux cultures m’avait fait réaliser à quel point le fait d’être une maman française au Québec avait teinté mon expérience de la maternité, car notre culture d’origine vient avec tout un tas de conditionnements et de croyances qui se sont révélées au contact d’une autre culture. Mais j’en étais restée à l’étape du constat, rien de plus: les enjeux et tabous qui étaient les miens diffèrent de ceux des Québécoises, car je viens d’ailleurs1.

Or, récemment, je viens de comprendre à quel point j’avais renié cette identité, la voyant comme une simple différence, pour mieux m’intégrer ici. Et cette prise de conscience a commencé en début d’année lors de la retraite d’écriture des Lotus. 

Comprendre son histoire

En effet, moi qui avais hâte de me retrouver dans un chalet entourée de 20 autres femmes qui partagent ma passion pour l’écriture, j’ai vite découvert que l’expérience de sororité à laquelle je m’attendais n’aurait pas lieu. Dès le début, je me suis sentie à part. Pourtant, je n’étais pas la seule française du groupe. Mais j’avais l’impression de détoner, d’être différente. Cela m’a rappelé le rejet vécu enfant, moi qui avais eu tant de mal à trouver ma place et à me faire des amis à cause des nombreux déménagements de mes parents. Et c’est ce qui m’a permis de remonter le fil de mon histoire et de mon rapport à la créativité. 

Deux mois plus tard, je partais pour une autre retraite d’écriture dans le cadre du projet Sisters où j’ai vécu exactement l’inverse! Jamais je ne me suis sentie aussi incluse et à ma place dans un groupe! Les femmes avec qui j’étais avaient beau venir d’horizons divers et variés, nous avions tellement de choses en commun: un humour semblable, des références musicales identiques, des passions communes. C’était magique! 

Admettre l’évidence 

Mais ce n’est qu’au mois de mai, quand je suis tombée malade, que l’évidence m’a frappée: pour mieux m’intégrer ici, moi la globe-trotteuse déracinée, j’avais renié mes origines françaises en achetant la croyance de bien des Québécois: nous, les Français, sommes arrogants et critiques et manquons cruellement de bienveillance. Pour la petite Française qui avait souffert d’une éducation trop rigide que j’avais été, être acceptée telle que j’étais malgré mes erreurs, c’était comme une bouffée d’air frais! 

Alors, pour mieux m’intégrer ici, j’avais tenté de cacher mon identité française, car je n’y voyais rien de bon. Je voulais qu’on arrête de me demander d’où je venais à cause de mon accent, toujours reconnaissable même après 20 ans ici! Et peu à peu, je me suis mise à avoir honte de mes racines et à dénigrer les Français.

Quand écrire te ramène à qui tu es

Renouer avec ses origines

Mais ce faisant, j’ai jeté le bébé avec l’eau du bain.

Car ce que j’ai réalisé récemment, c’est que mes actions contredisaient mes mots. En effet, toutes mes mentores ou presque sont françaises. Et si elles ne le sont pas, elles possèdent toutes en commun avec moi cette ouverture sur le monde qu’ont les gens qui ont vécu à l’étranger. Et une rigueur intellectuelle qu’on ne trouve pas toujours au Québec… Mes meilleures amies ici aussi, à quelques exceptions près.

J’avais oublié que si nous, les Français, étions si arrogants, c’est parce que nous avons une culture riche, un goût raffiné, une gastronomie reconnue internationalement, une maîtrise sans pareille et un profond respect pour notre langue, autant de raisons d’être fiers de qui nous sommes!

Retrouver sa fierté 

J’ai reconnecté avec cette fierté d’être française lors d’une retraite tantrique avec 17 autres femmes. Et cette fierté retrouvée m’a donné des ailes: j’ai osé comme jamais être moi et c’était merveilleux! Lors du cercle de clôture, plusieurs des femmes présentes ont même salué mon audace! 

D’ailleurs, ce n’est pas juste avec mes origines françaises que je me suis réconciliée, mais avec mon déracinement permanent, celui que j’ai vécu en quittant la France pour l’Italie à l’âge de 14 ans, puis à nouveau la France pour le Venezuela à l’âge de 24 ans et enfin le Venezuela pour le Canada deux ans plus tard.

Telle l’ortie, cette plante mal-aimée qui a pourtant des propriétés incroyables, comme je l’ai découvert lors d’une séance de breathwork avec Hélène D’Astous, la 5e mère de clan de la saison 1 de mon balado, j’ai planté mes racines un peu partout dans le monde, et je suis riche de ça.

Aujourd’hui, je ne me sens plus déracinée, mais plutôt enracinée à plusieurs endroits dans le monde, et c’est cette diversité et cette capacité que j’ai développée à pouvoir m’adapter partout où je vais qui font de moi la merveilleuse femme que je suis aujourd’hui! Et je dis cela sans arrogance, mais remplie de fierté pour le chemin parcouru!

Écrire pour vivre, vivre pour écrire 

Alors, même si mes textes parlent de moins en moins de maternité, je vais continuer à écrire. 

✨ Pour donner un sens à mon existence. 

✨ Pour me découvrir et me redécouvrir chaque jour. 

✨ Et retrouver mon plein pouvoir. 

Parce que, comme l’a si bien résumé la conteuse Danielle Godin, au cours d’un atelier d’écriture que j’ai suivi avec elle: 

« Raconter, c’est donner un sens à son existence, une manière de s’inscrire dans le monde et même de le reconstruire. Une manière de laisser une trace. »

  • Raconter pour nommer les mots et les maux qui nous touchent.
  • Raconter pour me rassurer, pour mobiliser.
  • Raconter pour créer du lien. 
  • Ou tout simplement pour rendre les gens heureux! 

Je songe même à renommer ce blog pour qu’il reflète davantage mon évolution.

À suivre donc…!

Envie d’aller plus loin?

D’ici là, je vous invite à découvrir une partie de mon histoire dans l’ouvrage collectif Là où poussent les lotus qui sortira le 21 septembre. En vente dès maintenant!

Là où poussent les lotus est un recueil de 20 chapitres de vie transformateurs, racontés par celles qui les ont vécus. Des femmes fortes, des femmes courageuses… Des femmes qui vous offrent en cadeau leurs touchantes histoires personnelles de deuils, de libération, de persévérance, d’amour de soi ou d’amour tout court, mais surtout de doux rappels que l’on peut trouver sa lumière même en pleine noirceur. Que les défis de la vie peuvent être le terreau fertile de l’épanouissement.

Et pour en savoir davantage sur Nathalie beaulac, la femme derrière ce projet, écoutez son entrevue avec moi:



  1. Pour lire mon article, c’est par ici: https://mamans-sans-tabous.ca/reflexion-sur-la-parentalite-dans-deux-cultures/ ↩︎

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